mercredi 9 janvier 2013

Claude Duchet et Patrick Maurus, UN CHEMINEMENT VAGABOND; NOUVEAUX ENTRETIENS SUR LA SOCIOCRITIQUE, Paris, Honoré Champion, 2011, 263 pages.

[Patrick Maurus, introduction]

Si cohérent que soit le texte, il est toujours sociotexte, il renvoie toujours au monde par des processus complexes, utilisant les représentations qu'il transforme à son tour. Et si social-historique que soit ce (socio)-texte, il n'est jamais copie-refet-présentation de ce monde, car il n'existe que par l'action d'un certain nombre de médiations. Avec le temps, la sociocritique s'est penchée sur ces représentations globales, qu'elle appelle des grands ensembles, et c'est à leur description qu'elle travaille aujourd'hui. Dans quelle perspective? Par exemple la rédaction de véritables histoires littéraires. Non pas d'histoires de la littérature, sélection non justifiée de textes canoniques suivant d'autres textes canoniques, mais bel et bien mise en place résistible d'une ainsi nommée littérature, produite par les tensions d'un champ, autonome ou non, et sans cesse agitée par les soubresauts du monde.

p. 15.


[Claude Duchet, sur le contexte]

Nous sommes ici au bord de la récupération de l'intertextualité. Car si chaque texte nourrit son contexte, une seconde œuvre semblablement contextualisée appartient au contexte de la première. Le contexte n'est pas la totalité de l'univers, il est la portion de l'univers dans laquelle le texte travaille. Parler du contexte d'une œuvre, c'est toujours partir d'une œuvre et de ce qui peut dialoguer du monde avec l’œuvre. Le lien est toujours problématique. L'espace contextuel est un espace dans lequel est inscrite la présence de l’œuvre.

p. 45.


[Duchet, sur les médiations entre le texte et le monde]

Même quand, apparemment, le contenu textuel [prétend] représenter exactement les éléments du monde, le texte [présente] toujours une reconstruction. Le texte n'interroge d'ailleurs pas directement le monde, il le fait à travers un faisceau de représentations partielles, surdéterminées par une série de pratiques discursives extérieures au texte.

p. 51.


[Duchet, sur la notion d'idéologie]

L'idéologie est donc un système d'idées, de représentations, propre à une formation socio-culturelle donnée, en un temps donné, représentant une sorte de consensus sur les mots-problèmes, consensus sur un certain nombre de normes, que ce soit pour les dénoncer, ou pour les défendre (la problématique étant acceptée). C'est une dimension permanente de la société, si on désigne par là les modalités, les représentations sociales élaborées dans des limites géographiques, sociales et historiques déterminées, où l'on peut cerner une idéologie de l'état, de la patrie, de la nation, du travail, etc., qui fonctionnent dans un consensus parce qu'il s'agit d'un corpus d'idées à débattre, sur lesquelles les uns ont des certitudes, sur lesquelles les autres ont des doutes, sur lesquelles les autres ont des contestations profondes, et les discours s'interpénètrent.

p. 67.

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