vendredi 13 août 2010

Dominique Maingueneau, LE DISCOURS LITTÉRAIRE, Paris, Armand Colin, 2004

Les œuvres ont beau vider le monde de tout sens et de toute parole, elles ne peuvent empêcher la littérature de s'immiscer dans ce tableau de désolation. Loin d'être la dernière œuvre de Céline, le Voyage est la première... Le monde n'est jamais assez dépourvu de sens pour exclure l'œuvre qui le dit dépourvu de sens. Il y a contradiction insurmontable entre la présence de l'œuvre et les propriétés qu'elle affecte au monde représenté. L'univers de l'Étranger de Camus a beau être décrit comme absurde, il est lourd de tout l'appareil discursif qu'il a fallu mobiliser pour construire son absurdité. L'élaboration esthétique vient ajouter au monde une œuvre dont la compacité, la nécessité intérieure suppléent et contestent la vacuité et la contingence supposées. C'est ce qu'on peut appeler le "paradoxe du phénix", par lequel l'œuvre s'engendre de la destruction qu'elle prétend instaurer.
(p. 232)

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